Orientations de recherche stratégique

L’objectif des Orientations de Recherche Stratégiques (ORS) est de renforcer ou d’initier des recherches et des productions dans des domaines stratégiques pour l’IFRIS.

Les critères d’identification de ces domaines sont en premier lieu l’originalité scientifique, en second lieu la pertinence par rapport au champ de recherches de l’IFRIS et des enjeux stratégiques de ce champ, et en troisième lieu la capacité à tirer parti des compétences de l’IFRIS, notamment de la combinaison de recherches existantes et de l’initiation de collaborations originales en son sein.

L’IFRIS a identifié quatre Orientations de Recherche Stratégiques :

L’innovation « responsable »

Par innovation « responsable », nous entendons ici des formes d’innovation qui ne s’inscrivent pas seulement dans une perspective de compétitivité et de croissance économique, mais qui sont tendues vers la prise en compte de valeurs qui dépassent une conception individuelle et utilitariste : la protection de l’environnement, les dimensions éthiques et morales de la production et de l’usage des produits, la question de l’équité…

Les recherches auront une forte dimension empirique mais elles auront aussi l’ambition de questionner la notion d’innovation « responsable » et de proposer des analyses de portée générale. A titre d’illustration, voici quelques axes qui pourraient être explorés :

  • la généalogie des approches de l’innovation « responsable » dans les entreprises, dans les organismes publics et en littérature managériale
  • les métriques de l’innovation « responsable »
  • les mécanismes de marché qui soutiennent l’innovation responsable (création de marchés pour des biens environnementaux, labels éthiques, etc.)
  • l’impact du développement durable sur les activités d’innovation

Les régimes et institutions de savoirs

Travailler sur la transformation des régimes de production des savoirs conduit à privilégier trois axes de recherche complémentaires :

  • étendre les analyses au-delà de la recherche industrielle et académique et inclure des institutions dont l’importance est croissante depuis les années 1970 : les grandes agences réglementaires, les agences de standardisation, les ONG, les Think tanks, les organisations internationales (Banque Mondiale, OCDE…), etc. On s’intéressera à ces institutions en tant qu’organisations intensives en connaissances et on travaillera sur la façon dont elles articulent la production de savoirs et la production de normes de gouvernement
  • revenir sur l’histoire des formes d’appropriation et des espaces de circulation des connaissances : on s’intéressera tout particulièrement à la question des scientific commons, à la façon dont leur importance resurgit dans les années 1970, en même temps que s’étend la sphère d’extension de la propriété intellectuelle, le domaine de la brevetabilité et la marchandisation des savoirs ;
  • analyser les mécanismes de transformation de la recherche publique (formes et critères d’évaluation, marchandisation, influence des acteurs de la société civile, rôle des instruments et des dispositifs expérimentaux, etc.) et leurs effets en termes organisationnels mais aussi sur la hiérarchie des savoirs et sur la nature des connaissances produites. On pourra proposer des analyses privilégiant l’un des mécanismes identifiés, un inventaire assez complet de la diversité des formes émergentes ou encore une analyse de domaines spécifiques (par exemple : nanotechnologies, génomique, humanités, etc.).

Le gouvernement du système terre

L’objectif de cette ORS est d’initier ou de renforcer des recherches sur les formes de gouvernement et les outils de gestion de « biens » dits globaux. Les questions posées couvrent des aspects très divers (climat, biodiversité, sécurité alimentaire, pandémies, etc.), questions souvent imaginées comme relevant d’échelles différentes (globale, niveau des Suds, de l’Europe ou des pays), échelles qui n’ont toutefois pas la même évidence pour tous les acteurs (les décisions peuvent être vues comme devant relever de l’échelon national ou de pratiques d’adaptation locales, etc.).

La notion de gouvernement est elle-même multiple. Ce gouvernement peut relever d’engagements volontaires ou contractuels, être encadrée par des « dispositifs » de tous types (des indicateurs comme des benchmarks), impliquer toutes sortes d’acteurs (des « experts » comme des « profanes », des ONG comme des « parties prenantes », des Etats comme des institutions internationales), se mettre en oeuvre par des moyens multiples (constructions de marchés ou redéfinition du droit), impliquer de la participation (partiellement) articulée aux prises de décision…

Il s’agirait par exemple d’étudier les forums type Conférences des Parties comme les actions conçues localement ; la mise sur agenda des questions, avec leurs dimensions polémiques fortes ; mais encore les formes de fabrication de savoirs, la manière dont ils sont cadrés par des choix de paramètres (le 2°C de température pour le changement climatique), des formes de gestion (un marché du carbone), des modes d’anticipation, etc.

Semblent particulièrement importantes :

  • l’étude des choix d’échelle : à quel niveau politique on positionne le problème, quel niveau d’organisation on privilégie (le champ, le basin versant), quel niveau d’agrégation est retenu pour la construction des données, etc.
  • la construction et le choix des outils ’scientifiques’ : dispositifs, modèles, indicateurs, scénarios, schémas prospectifs ; les constructions discursives, ontologiques et normatives, qui les fondent ; la territorialisation ou non de ces outils, etc.
  • le rôle spécifique des scientifiques et experts ’globaux’ dans les mises sur agenda des questions, les formes de la régulation mondiale des priorités et leurs outils, la formation et la circulation des experts globaux et de leurs cadrages des questions.- la gestion de l’espace public et la bataille des esprits, la fabrication et la gestion de la confiance et de la défiance dans les savoirs experts.

La construction des futurs

Depuis le XIXe siècle, les sociétés se caractérisent par l’omniprésence du futur dans l’action présente. Les rapports entre science-technique et futurs sont divers : les sciences et les techniques peuvent être mobilisées pour prédire les futurs (modélisation des futurs) ; elles contribuent à la création de futurs (émergence de nouveaux agencements sociotechniques, changements symboliques, nouveaux ordres techniques et politiques…) ; la production de connaissances est elle-même influencée par des formes d’anticipation (de la promesse à la catastrophe) et par les imaginaires sociaux, etc.

Cette ORS vise à initier ou renforcer les recherches sur les liens entre sciences-techniques et construction des futurs. A titre d’illustration, les axes suivants peuvent être considérés :

Economie des promesses technoscientifiques

Cette perspective met l’accent sur les mécanismes ou processus d’engagement collectif dans le futur. Ce que l’on appelle ici « économie des promesses technoscientifiques » constitue un régime d’engagement dans le futur marqué par la conviction que l’innovation technologique constitue « la » solution des problèmes politiques et sociaux, par le fait que la temporalité de l’action est donnée comme celle de l’urgence, de l’extrême nécessité ou de l’exception. La formation de la promesse est souvent liée à la prophétie de la catastrophe qui peut en être la cause ou la conséquence. On peut travailler sur les transformations du régime des promesses au cours du temps ou dans l’espace et s’interroger sur la nature des ordres politiques et moraux qui caractérisent ces régimes. On peut aussi explorer les propriétés de régimes alternatifs et les futurs exclus par le régime des promesses technoscientifiques. Des études dans le domaine de la santé, de la ville durable, de l’agriculture ou de l’énergie sont par exemple possibles.

Prospective et modélisation des futurs : place de l’incertitude et des risques

Des exercices de prospective scientifique et technique à la mobilisation de modèles ou de scénarios, on assiste actuellement à un grand foisonnement des techniques et dispositifs de futurologie. Les études ont jusqu’à présent surtout porté sur des domaines particuliers (par exemple. sur les modèles du climat, sur l’économie et sur la statistique,…). Il semblerait bon de travailler sur les effets en retour de ces modèles et scénarios sur la production scientifique et technique. Il semblerait aussi nécessaire d’engager des études abordant des thématiques transversales concernant la modélisation du futur ou la construction de scénarios, à travers d’outils divers et dans différents domaines (économie, environnement, santé, sécurité, etc.). Par exemple :

  • Comment caractériser les cultures épistémiques à l’œuvre dans la production de scénarios et de modèles du futur ?
  • Comment l’incertitude et la pluralité des savoirs et des situations sont-elles intégrées ?
  • Quelles sont les formes de validation et de construction de la crédibilité ?
  • Comment la participation des différentes parties prenantes et des publics concernés est-elle pensée et mise en œuvre ?
  • Comment ces modèles et scénarios sont-ils mis en politique ? Quelle est leur performativité ?
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