Mesurer et monétiser pour gouverner la nature et la biodiversité. Les circulations de concepts et de métaphores entre écologie et économie, des “ressources” aux “services écosystémiques” (1960 – 2000)


Yannick Mahrane
Directeur : Jean-Paul Gaudillière et Christophe Bonneuil
Démarrage : 2011

Laboratoire CAK

La thèse consistera à interroger et à analyser, à partir d’une perspective d’histoire sociale et culturelle des sciences, la manière dont un nouveau discours et une nouvelle pratique sur la conservation de la nature est apparu et s’est imposé au tournant des années 1990 sur la scène politique internationale. En effet, depuis la publication du rapport commandé par Koffi Annan, Secrétaire Général des Nations Unies, intitulé ‘Millenium Ecosystem Assessment’ en 2000, la notion de Service Écosystémique (SE) a supplanté les notions iconiques de ‘wilderness’ ou d’espèces en danger. La notion de SE est définie et cadrée pour désigner ces services que les écosystèmes fourniraient aux sociétés humaines tels que les services de régulation hydrique ou climatique, de protection des sols ou services d’approvisionnement (en nourriture ou en eau). S’appuyant sur l’argument selon lequel la dégradation de ces services écosystémiques résulterait d’une défaillance de marché, conservationnistes, économistes et écologues convergent pour proposer et promouvoir une quantification marchande de ces services. On retracera la trajectoire historique de cette notion à partir de la naissance d’une véritable bio-économie au tournant des années 1950, avec la formalisation de la théorie des écosystèmes par les frères Odum, et la montée en puissance de cette théorie dans les arènes politico-scientifiques internationales, dans les années 1970-1980 avec la mise en place de programmes scientifiques internationaux comme le Programme Biologique International (1964-1974). Enfin, j’interrogerai les raisons de ce tournant économiciste de la conservation internationale.

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