Actualités

[Séminaire] Changement Climatique: Sciences, Sociétés, Politique – Vendredi 22/01 à 14h – en ligne

Séminaire Changement Climatique: Sciences, Sociétés, Politique co-organisé par le CAK (EHESS-CNRS) et l’ENS (CERES)

Vendredi 22 janvier, 14h – 17h

Ecologisation des comportements, inégalités écologiques et classes sociales

Emmanuel Combet (ADEME) et Antonin Pottier (EHESS), économistes

Qui émet du CO2 ? Regard critique sur le calcul et l’usage des panoramas d’inégalités écologiques

Nous présentons de manière détaillée et critique les présupposés et conventions méthodologiques retenues pour le calcul des « émissions des ménages ». Nous décortiquons chaque étape en construisant un panorama des inégalités d’émission pour la France. Nous identifions trois écueils dans la façon dont l’information sur les inégalités écologiques diffuse dans l’espace public. D’abord cette information diffuse comme « une évidence », alors qu’il existe de multiple « conventions d’attribution » et panorama des émissions possibles. Ensuite, il existe un lien implicite entre le choix des conventions d’attribution et la conception des responsabilités que le panorama véhicule. Par exemple, l’empreinte carbone qui assigne aux ménages les émissions des produits consommés véhicule une conception particulière qui focalise l’attention sur les contributions des individus, sur leurs choix ; elle occulte le rôle des acteurs non individuels tout comme la composante collective des émissions de GES, et néglige les dimensions de la responsabilité qui ne sont pas liées à la consommation. Enfin, le lien entre inégalités écologiques et inégalités de revenu est aujourd’hui très médiatisé, alors que l’analyse fine souligne que les inégalités écologiques ne peuvent être identifiées aux inégalités de revenus. Il existe une forte variabilité, à tout niveau de revenu, selon des facteurs géographiques et techniques qui contraignent à recourir aux énergies fossiles. L’ensemble de ce travail souligne l’importance de penser plus précisément, avec un regard critique, les différentes propositions de « transition juste ».

Jean-Baptiste Comby (sociologue, Université Paris 2 Panthéon Assas)

 Apports et limites des quantifications de la distribution sociale des émissions de GES pour analyser les rapports de classe en jeu sur le terrain écologique

Les études économétriques qui se développent depuis une dizaine d’années pour éclairer les quantités de GES émises en différents points de l’espace social aident à documenter les inégalités de contribution aux dérèglements climatiques. Elles peinent cependant à rendre compte des logiques sociales au principe de ces émissions et de leurs différentiels. Plus, elles invisibilisent les tissus relationnels au sein desquels se forgent les comportements, les « modes de vie » et leur comptabilité carbone, laquelle ne peut être restreinte aux émissions du ménage. En mobilisant certains développements récents tant de la sociologie des « styles de vie » que des classes sociales, il est alors possible d’allonger la portée de ces données et de montrer comment la distribution sociale des rapports à l’enjeu écologique contribue à renforcer la hiérarchie entre les groupes sociaux. Un tel constat empirique n’est pas sans incidences sur les manières de penser la « transformation » des sociétés que les divers protagonistes de la cause environnementale appellent de leur voeux.

Les séances sont accessibles uniquement en visio à l’adresse suivante : https://global.gotomeeting.com/join/266255181

Cette séance sera enregistrée.

 

 

[Séminaire]-The role of large multinational firms (LMF) in the knowledge dynamics of Metropolitan Areas- 21/01/2021 à 16h en ligne

This presentation will focus on the role of large multinational firms (LMF) in the knowledge dynamics of Metropolitan Areas. There has been extensive work about the role of universities and
more widely public sector research. Numerous works have studied the relationship between start-up development and their urban/metropolitan environment, from clusters to creative cities. However very few works have questioned the role of multinational firms. Work on multinational firms (and we have been part of this) has mostly focused on the internationalisation of their R&D activities, the factors and conditions that promote or hinder it. Here we reverse the focus and look at places. We focus on one output, patents and more specifically international patents, and look at the role that LMF play in the ‘production’ of Metropolitan Areas. We first show that LMF represent over 80 percent of all international patents produced worldwide. We  demonstrate second that there is, as anticipated, a very skewed distribution of places, 100 Metropolitan Areas also gathering 80 percent of total production but that also LMF are present and play a central role in nearly all ‘inventing’ Metropolitan Areas. A more refined analysis highlights the very distinct European situation where production is far more distributed with a core role of ‘mid-sized’ Metropolitan Areas. Europe differs also widely from North America and Asia by the importance that non-national and non-European firms play in the production of  etropolitan Areas.

Speakers

Patricia Laurens (CNRS), Antoine Schoen (Professor at UGE, ESIEE) and Philippe Larédo (also professor at the University of Manchester) are researchers at LISIS, Interdisciplinary institute on Science, Innovation and Societies, a mixed research unit between Université Gustave Eiffel, CNRS and INRAE. They have been working jointly on the internationalisation of large firms based upon two dataset developments: the RISIS patent database and the Corporate Invention Board. Both are part of the European distributed research infrastructure RISIS (https://www.risis2.eu ). They also have developed activities on research and innovation policies, the dynamics of universities and the relations between knowledge production and territorial developments.

Patricia Laurens, Antoine Schoen, Philippe Laredo

Please direct any questions

L’appel 2021 pour les projets postdoctoraux de l’IFRIS est ouvert !

L’IFRIS (Institut pour la recherche et l’innovation dans la société ouvre cette année quatre (4) postes de postdoctorat. L’IFRIS accueille des chercheu.rs.ses en sciences, technologie et société dans toutes les disciplines des sciences sociales : histoire, sociologie, sciences politiques, anthropologie, économie, sciences de gestion ou droit.Bourses Post-doctorales de l’IFRIS.

Chaque année, l’IFRIS lance un appel pour recruter des jeunes chercheurs qui effectueront des travaux post-doctoraux au sein d’une de ses équipes.

Appel 2021

L’appel 2021 pour les projets postdoctoraux de l’IFRIS est ouvert !

 

Dates utiles

Ouverture de la déclaration d’intérêt en ligne :    20 janvier 2021

Date limite pour la réception des propositions :     5 mars    2021

Fin de la phase de présélection :                              30 mars    2021

Phase de sélection : processus d’examen international en mai et juin et décision du comité exécutif de l’IFRIS début juillet 2021.

Transmission de la décision aux candidat.s.es pour un retour d’information : fin juillet 2021

 

Positions

L’IFRIS (Institut pour la recherche et l’innovation dans la société ( ifris.org) ouvre cette année quatre (4) postes de postdoctorat.

L’IFRIS accueille des chercheu.rs.ses en sciences, technologie et société dans toutes les disciplines des sciences sociales : histoire, sociologie, sciences politiques, anthropologie, économie, sciences de gestion ou droit.

La STS est comprise dans un sens large, incluant les questions liées à la production et à l’utilisation des sciences et des technologies en sociétés. Les candidat.s.es au post-doctorat doivent soumettre des projets de recherche originaux, sur des questions spécifiques liées à : la santé publique, la biomédecine, les sciences agricoles, la sécurité alimentaire, le changement climatique, la biodiversité, les questions environnementales, les TIC, les « big data » et l’internet, la construction historique et sociale des technologies, les risques et leur réglementation, les politiques de développement et de recherche, la distribution mondiale des connaissances, les droits intellectuels et de propriété et le patrimoine mondial, la circulation des connaissances, la construction des politiques publiques de recherche et d’innovation, la gouvernance poly-centrique des sciences et des technologies, les connaissances et le développement local, les régimes de réglementation et la production des sciences et de l’innovation dans la société.

Pour votre information, consultez la liste des projets financés par l’IFRIS à ce jour.

Les candidat.s.es sélectionné.s.es seront rattaché.s.es à l’une des unités de recherche suivantes de l’IFRIS (le nom et l’acronyme sont suivis de l’organisation scientifique à laquelle l’unité est rattachée). A consulter en priorité, les liens du site web pour plus de détails sur ces unités ainsi que le vademecum des bourses postdoctorales.

 

Liste des unités de recherche de l’IFRIS :

  • Centre Alexandre Koyré (CAK), CNRS, EHESS, Muséum Histoire Naturelle
  • Centre Population et développement (CEPED), IRD, Université Paris Descartes
  • Centre d’Economie de Paris Nord (CEPN), Université Paris 13, CNRS
  • Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale, société (CERMES3), CNRS, INSERM, EHESS, Université Paris Descartes
  • Centre de recherche Connaissance Organisation et Systèmes Techniques (COSTECH), Université Technologique de Compiègne
  • Histoire des Technosciences en Société (HT2S), CNAM
  • Institut de Recherche Interdisciplinaire en Sciences Sociales (IRISSO), CNRS, INRA, Université Paris Dauphine
  • Laboratoire Techniques, Territoires, Sociétés (LATTS), UPEM, Ecole des Ponts, CNRS
  • Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique (LISE), CNAM
  • Laboratoire Interdisciplinaire Sciences Innovations Sociétés (LISIS), CNRS, ESIEE, INRA, UGE
  • Laboratoire Interdisciplinaire de Recherche en Science de l’Action (LIRSA), CNAM
  • Patrimoines locaux et gouvernance (PALOC), IRD, MNHN
  • Centre d’Etude des Mouvements Sociaux (CEMS), EHESS, CNRS, INSERM

 

Les candidat.s.es n’ont pas besoin d’avoir une connaissance préalable de ces groupes de recherche. Néanmoins, il peut leur être utile de consulter leurs sites web ou de prendre des contacts. Ces démarches pourraient les aider à concevoir leur projet de recherche.

Des contacts peuvent également être pris par l’intermédiaire de la Direction de l’IFRIS ( direction@ifris.org ) pour des informations sur cet appel.

 

Conditions requises

Les candidat.s.es sélectionné.s.es sont recruté.s.es sur la base d’un contrat d’une durée de 24 mois (soit un Contrat à Durée Déterminée selon la norme française en matière de salaire et de statut professionnel). Les contrats commenceront dès que possible après la sélection, en fonction des obligations et engagements antérieurs des candidat.es.s. La prise de poste des candidat.es.s devra intervenir entre le 01 novembre 2021 et le 31 janvier 2022.

Pour être éligibles, les candidat.es.s post-doc doivent être titulaires d’un doctorat ou avoir déjà rempli toutes les obligations pour l’obtention de leur doctorat avant la fin de l’année 2021. Pour les candidats français, le rapport de soutenance sera également requis s’il est disponible.

Dans le cas où le ou la candidat.e n’aurait pas son diplôme à la date de cette présentation, il devra présenter une lettre de référence de son directeur de thèse certifiant qu’il sera titulaire de son doctorat ou de sa thèse de doctorat avant la fin de l’année 2021. Cette lettre doit être fournie au plus tard le 5 juillet 2021.

Attention : si un.e candidat.e est sélectionné.e mais ne respecte pas la date limite du 31 décembre 2021 pour obtenir son doctorat, elle.il perdra le bénéfice de sa sélection.

 

Candidatures

Les candidat.s.es devront remplir un formulaire en ligne sur le site web de l’IFRIS et télécharger leur proposition. Celle-ci est composée comme suit :

Une lettre de motivation écrite pour indiquer la manière dont il/elle pense que son projet contribue à l’agenda de recherche de l’IFRIS. Le ou la candidat.e devra indiquer ses anciennes relations avec les unités de recherche de l’IFRIS, si elles existent. Il n’est pas demandé aux candidat.s.es d’indiquer dans quelle unité de recherche de l’IFRIS ils ou elles souhaiteraient être accueilli.s.ies, il est néanmoins possible de le faire.

Un Curriculum Vitae de deux pages. Le CV doit indiquer les diplômes, la trajectoire, les lieux et les institutions où le ou la candidat.e a travaillé et étudié. Les contrats de post-doctorats précédents doivent être indiqués au cas où il y en aurait eu.

Un projet de recherche (pas plus de 10 pages). Le projet doit être rédigé en anglais et comprendre un plan d’activité pour l’ensemble de la période de 24 mois, ainsi qu’un budget prévisionnel. Le projet doit indiquer clairement son objectif, sa méthodologie, sa position théorique, le type et le mode de collecte du matériel empirique, la stratégie de recherche et les résultats attendus. Il doit également indiquer le type de production prévue sur cette période (ateliers, livres, articles ou tout autre matériel envisagé). Les projets originaux et les percées théoriques sont particulièrement bienvenus.

Une liste complète des publications.

 

Évaluation du projet de recherche

Elle est basée sur quatre points :

– Qualité de la trajectoire académique et de recherche du candidat.

– Qualité du parcours des candidats expérimentés. Les jeunes doctorants sont les bienvenus.

– Originalité scientifique et solidité méthodologique et faisabilité du plan de travail.

– Pertinence par rapport à l’agenda de l’IFRIS et aux orientations stratégiques de recherche

 

A propos du salaire

Le salaire net de l’IFRIS Postdoc est indexé sur le taux de salaire français des organismes publics de recherche. En moyenne, le salaire net est d’environ 2 000 euros par mois (2465,68 €/mois avant cotisations sociales) selon une fourchette de 1800 à 2100 €/mois.

Le poste de postdoc ouvre droit à la fonction publique de sécurité sociale française. L’accès à la sécurité sociale se fait dès le premier jour avec une souscription rapide. Une assurance maladie complémentaire peut également être souscrite.

Pour la délivrance des visas, le postdoc obtiendra une convention d’accueil spécifique auprès d’un service universitaire et pourra être aidé par le personnel administratif de l’IFRIS à cet effet.

 

Résultas des appels précédents

Voici les résultats des appels depuis 2010 !

Résultats des financements antérieurs | L’IFRIS

[Séminaire ] (Dé)Faire l’industrie-Des ouvriers aux travailleurs des flux, transformations du travail industriel II- 20/01/21 à 13h

Prochaine Séance :

Séance 7 : 20 janvier 2021 à 13 h

Des ouvriers aux travailleurs des flux, transformations du travail industriel II

Carlotta Benvegnù (PLUS Project, CEPN)
David Gaborieau (ANR WORKLOG, CNAM CEET)

Attention ! Inscription obligatoire au séminaire via LISTEM

En raison de la situation sanitaire, vous ne pourrez pas accéder à ce séminaire sans avoir préalablement déposé une demande via le lien suivant (une demande est nécessaire pour chaque séminaire auquel vous souhaitez participer, merci de déposer la demande au plus tard 72 heures avant le début de la première séance) :

Notre séminaire aura une capacité d’accueil en présentiel de 9 personnes maximum, la priorité pour y assister physiquement sera donc donnée aux étudiants validant le séminaire

Equipe organisatrice :
Marine Al Dahdah (CEMS), Mathieu Baudrin (CSI),
Clément Marquet (COSTECH) & Benjamin Raimbault (CERMES3)

La prolifération des technologies – notamment des technologies de l’information – a souvent été annoncée comme la puissance réalisatrice qui ferait définitivement basculer les sociétés contemporaines dans une ère postindustrielle: transformations du travail (fin de la classe ouvrière et mort lente du salariat dans les pays occidentaux), centralité de l’innovation, essor d’une économie de services et de biens immatériels, individualisation des besoins et des biens.

Cependant, plutôt qu’une sortie d’un paradigme industriel, certains sociologues proposent de parler d’hyperindustrialisation pour caractériser les mutations des sociétés contemporaines (Veltz 2017, Musso 2018). En partant du constat que l’industrie ne décline pas mais qu’au contraire, elle prospère et se transforme, les auteurs cherchent à désenclaver l’industrie comme objet et catégorie d’analyse et à briser la linéarité implicite des analyses post-industrielles (Touraine 1967, Rifkin 2000, Moulier-Boutang 2007).

Ce séminaire propose d’étudier les mutations des formes de l’industrie, au
travers de trois grandes questions : quels territoires sont produits par les déplacements et reconfigurations des activités industrielles ? Comment
l’intégration des technologies de l’information redéfinit-elle les frontières du travail ouvrier ? Qu’est-ce qui, dans ces reconfigurations, résiste aux processus d’industrialisation ?

Programme du séminaire 

[Atelier]Habiter la transition.Le numérique face à la transition écologique – 27 janvier 2021 à 10h

Atelier Habiter la transition.
Des pratiques existantes aux politiques de transition : circulations et ambiguïtés

Le numérique face à la transition écologique

Cycle « Pratiques sociales et politiques de transition »

Dix-huitième journée de l’atelier

“Habiter la transition. Des pratiques existantes
aux politiques de transition?: circulations et ambiguïtés”

Avec le soutien de la Fondation de l’Écologie Politique

Atelier thématique commun aux réseaux ACDD et ReHaL
En partenariat avec le Master “Habitat et ville durable – Pour une approche critique de la fabrique urbaine”

Mercredi 27 janvier 2021 (10h-17h00)

Participation à distance sur inscription :
reseau.acdd@cnrs.fr
(demander un accusé de réception)
Merci de mentionner la séance d’atelier concernée

Programme en PDF

Coordinateurs de la séance : Clément Marquet[1] et Élisabeth Peyroux [2]

Depuis une quinzaine d’années, de nombreux acteurs (industriels, groupes d’intérêts, pouvoirs publics) promeuvent la prolifération des technologies numériques en vantant le rôle qu’elles pourraient jouer dans la transition écologique. De nombreux groupes d’intérêt avancent qu’elles permettraient de réduire de 15 à 20% les effets de serre émis par les autres secteurs d’activité (Flipo et al., 2013). Pour obtenir de tels bénéfices, les promoteurs du numérique associent deux caractéristiques à ces technologies : d’abord, elles favorisent la « dématérialisation » des actions quotidiennes. En donnant la possibilité de réaliser de nombreuses opérations à distance (possibilité qui devient d’ailleurs une contrainte), les nouvelles technologies permettraient de réduire les déplacements, de se passer du papier etc. Ensuite, elles contribueraient à l’optimisation du fonctionnement et de la gestion de l’ensemble des réseaux : on parle ainsi de bâtiments, de quartiers et de villes intelligents. En truffant les espaces physiques de capteurs de toutes sortes, on se donnerait les moyens de réduire la consommation des citadins, d’améliorer le fonctionnement des transports, de mieux distribuer l’électricité, de réorganiser la collecte des déchets, de revoir les modes d’éclairage public, etc. Dans ce projet, les données générées par les smartphones des citadins et les différents capteurs urbains jouent un rôle central puisque c’est par leur accumulation (souvent désignée par le terme de big data) et leur traitement que l’on se donnerait les moyens de réduire la consommation énergétique des différents systèmes urbains. Alors que les effets réels de la mise en place de telles initiatives sont rarement mesurés, les promesses, elles, perdurent. Ainsi, c’est maintenant l’Intelligence Artificielle qui doit venir au secours de la transition énergétique : par la prolifération des données et les nouvelles capacités de traitement que nous donneront les serveurs, nous serons, selon le rapport Villani, enfin en mesure comprendre et d’agir pour préserver notre environnement (Villani, 2018). Ainsi, dans le discours des promoteurs du numérique, transition écologique et transition numérique iraient de pair.
Face à ces promesses, cet atelier propose de mettre en lumière les défis que posent ces développements technologiques aux projets de transition écologique en esquissant les contours de ce que pourraient devenir des études environnementales du développement informatique (Ensmenger, 2018). Comment mesurer les conséquences environnementales du numérique ? Comment le cycle de vie des technologies numériques (extraction des matériaux, production des objets, usages et devenir des déchets) est-il intégré dans ces mesures ? En quoi la multiplication des data centers et la prolifération des déchets électroniques perturbent-elles localement les politiques et pratiques de transition écologique, telles que l’économie circulaire ou la sobriété énergétique ? Dans quelle mesure un autre Internet, plus sobre en ressources, peut-il être envisagé ?

Programme de la journée

Matinée (10h – 12h30) :

Introduction de Clément Marquet

  • Fabrice Flipo [3] : « Enjeux écologiques du numérique. Etat des lieux des connaissances et besoins interdisciplinaires de recherche »
  • Cécile Diguet[4] : « Dirty data: les impacts spatiaux et énergétiques des data centers »

Après-midi (14h00 – 17h) :

  • Soraya Boudia[5]: « Déchets électroniques et transition écologique. La quadrature du cercle de l’économie circulaire »
  • Francesca Musiani[6] : « Les ‘nains’ de l’Internet sont-ils écologiques ? Réflexions historico-environnementales sur les architectures de réseau distribuées »

Mots de conclusion

[1] Postdoctorant, IFRIS (Institut Francilien Recherche Innovation Société), Costech (Connaissance Organisation et Systèmes TECHniques).
[2] Chargée de recherche CNRS, Prodig
[3] Professeur de philosophie politique et sociale, Institut Mines-Télécom BS, rattaché au Laboratoire de Changement Social et Politique de l’Université Paris 7 Diderot.
[4] Urbaniste, Institut Paris Région, chercheuse associée, LIAT (Laboratoire Infrastructure, Architecture, Territoire).
[5] Professeure de Sociologie, Université de Paris, Cermès3 (Centre de Recherche médecine, sciences, santé mentale, société)
[6] 
Chargée de Recherche CNRS, Centre Internet et Société (CIS).

Séminaire « Expertise citoyenne et action publique » – 21 janvier 2021 à 14h

La troisième séance du séminaire « Expertise citoyenne et action publique » intitulée « Place et usages de l’expertise dans les mobilisations citoyennes en santé environnementale » aura lieu en visioconférence le jeudi 21 janvier entre 14h et 16h30. La séance sera composée de 3 interventions :
– Simon de Carvalho (Association des sinistrés de Lubrizol) : Le caillou dans la chaussure : la contre-expertise citoyenne à Lubrizol
– Sylvie Ollitrault (CNRS, Sciences Po Rennes) : L’expertise citoyenne, une mobilisation sans ressources ? Enjeux des luttes environnementales
– Laura Barbier (Inserm, Cermes3) : Qu’est-ce qu’un savoir sanitaire « alternatif » ? Etude comparée autour d’installations nucléaires en France et en Grande-Bretagne
Les interventions d’une durée de 20 minutes chacune seront suivies d’une discussion collective.Le séminaire est ouvert à tou.te.s, et sur inscription à l’adresse suivante : seminaire-exciap@protonmail.com« . Le lien de la visioconférence vous sera envoyé après votre inscription.

Présentation de la séance :
De nombreuses contributions en sciences sociales portant sur la santé environnementale se sont centrées sur la question des savoirs mobilisés au cours de controverses dans lesquelles s’affrontent d’une part des communautés exposées à un environnement contaminé, et d’autre part les autorités sanitaires et/ou les acteurs économiques qui ont intérêt à préserver le statu quo. Ces travaux ont ainsi tendance à valoriser les savoirs « citoyens », « alternatifs » ou « populaires », qui se distinguent par leur ancrage local, leur dimension participative et leur subjectivité assumée, et sont conçus comme un moyen de pallier les défaillances de l’expertise officielle. Cependant, la catégorie de savoirs « alternatifs » ou « citoyens » peut avoir tendance à masquer la diversité des formes d’expertise produites et mobilisées.
La troisième séance du séminaire « Expertise citoyenne et action publique » visera à interroger la catégorie d’expertise alternative. Est-ce que cela renvoie à une méthode spécifique de production et de mobilisation de savoirs qui se démarque de la méthode scientifique classique, à des catégories d’acteurs qui ne sont pas des « experts officiels », ou à une finalité militante ? Cette séance s’attachera ainsi à identifier les types d’expertise mobilisée pour rendre compte d’atteintes sanitaires et environnementales, les manières dont ces expertises sont utilisées pour porter des revendications militantes, et les conditions d’efficacité d’une telle mobilisation.

Au plaisir de vous voir au séminaire.
Bien cordialement,
Le comité d’organisation :
Laura Barbier, Cermes3, Université de Paris
Cyril Fiorini, HT2S, CNAM
Saliha Hadna, HT2S, CNAM
Justyna Moizard-Lanvin, Cermes3, EHESS.Contact : seminaire-exciap@protonmail.com
Carnet hypothèses : https://exciap.hypotheses.org 

[Séminaire Exceptionnel du LISIS] – Invité Gil Eyal- FUTURES PRESENT: THE PANDEMIC AND THE CRISIS OF EXPERTISE-11/12/21 à 15h – en ligne

Gil Eyal, professeur de sociologie à Columbia University, New York, USA, sera l’invité d’une séance spéciale organisée par le LISIS et soutenue par l’IFRIS, pendant laquelle il s’appuiera sur une analyse de la pandémie Covid-19 pour étayer sa thèse d’une crise de l’expertise (Gil Eyal, The crisis of expertise, Polity 2019). La discussion sera introduite par David Demortain.

La séance aura lieu le lundi 11 janvier 2021 de 15h à 17h en visioconférence.

Inscription obligatoire

 

FUTURES PRESENT: THE PANDEMIC AND THE CRISIS OF EXPERTISE

If anybody thought that the role of experts in democratic politics is a sideshow to the more important distributional or ideological politics, the Coronavirus pandemic should have disabused them of this notion. There is hardly a variable currently more predictive of the distinctive fortunes of countries (and thus, of the life chances of millions of people) then the way in which the relations between experts, decision-makers and the public are configured. Where these relations seem to be in deep crisis, further exacerbated by the pandemic, as in the US and UK, the body bags are still piling up. Where there was no such crisis to begin with, as in China, Thailand, South Korea or Taiwan the response has been decisive and the recovery swifter. In this talk, I’d like to place the pandemic in the context of a much broader and longer-term crisis of expertise in liberal-democratic societies: while experts have never been more in demand, they are also less credible now than ever before. The two relations – dependence and distrust – feed off and amplify one another. There are multiple processes and factors contributing to this dynamic, of which I will outline eight: 1) The intensification of jurisdictional struggles among experts; 2) the dynamic of “overflowing” of economic and technological risks; 3) the legitimation crisis of the capitalist state; 4) the growth of regulatory science; 5) the temporal dynamics of trust; 6) the interplay between competing strategies for making the future present; 7) the collapse of the academic and media gatekeepers; 8) the rise of lay expertise.

Gil Eyal is a professor of sociology at Columbia University. He works in a broad field that encompasses sociological research on science, medicine, professions, intellectuals, and knowledge, especially as these intersect with political and legal institutions. Eyal calls it the ‘sociology of expertise,’ because this term does not prejudge who or what is included within the field, and because it focuses attention not only on who is considered an expert but also on what is involved in the expert performance of a task. He developed this approach to expertise in a 2013 American Journal of Sociology article titled « For a Sociology of Expertise: The Social Origins of the Autism Epidemic,” which summarized and extended the argument of an earlier book, The Autism Matrix (Polity, 2010). He is currently interested in understanding the causes and dimensions of the contemporary mistrust of experts. His new book, The Crisis of Expertise (Polity 2019), argues that what we are witnessing now are symptoms of a recursive credibility problem, in which attempts to solve the problem, from boundary-work to the recognition of lay expertise, only seem to make it worse.

Inscription obligatoire : https://bit.ly/38cuA2q

 

Parution du « Vol 14 n°14 de la Revue d’Anthropologie des Connaissances « 

L’IFRIS a le plaisir de vous annoncer la parution du Vol 14 n° 4 de la Revue d’Anthropologie des Connaissances avec un dossier thématique édité par Germain Meulemans et Céline Granjou intitulé « Les sols, nouvelle frontière pour les savoirs et les politiques de l’environnement», articles en varia et  comptes rendus d’ouvrage.
Retrouver les articles en accès libre sur https://journals.openedition.org/rac/6224

[SciencesPo]- Débats en ligne sur l’ouvrage « Covid-19 : une crise organisationnelle »-26/11/20 à 12h30

JEUDI 26 NOVEMBRE, DEUX DÉBATS EN LIGNE AUTOUR DU LIVRE :

COVID-19: une crise organisationnelle avec les auteurs Henri BergeronOlivier BorrazPatrick Castel et François Dedieu aux Presses de Sciences Po.

Une enquête « à chaud » auprès d’acteurs de la crise du Covid-19, qui, plutôt que des défaillances individuelles ou des dysfonctionnements techniques, met en avant des facteurs organisationnels : mauvaises leçons tirées du passé, faux sentiment de sécurité, confiance aveugle dans les outils de planification

DÉBAT 1 : COVID-19 : RETOUR SUR LA CRISE (DE 12H30 À 14H)

Invités :

Henri Bergeron, directeur de Recherche CNRS, sociologue au Centre de sociologie des organisations et directeur de l’Executive Master « Management des Politiques Publiques » de Sciences Po. Co-auteur du livre,

Anne-Claude Crémieux, professeur en maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Louis à Paris,

François Dedieu, chargé de recherche INRAE au Laboratoire interdisciplinaire sciences innovations sociétés (LISIS). Co-auteur du livre,

Emmanuel Hirsch, professeur d’éthique médicale à l’Université Paris-Saclay,

Modératrice :

Marika Mathieu, journaliste indépendante, documentariste, productrice radio et podcast (RCJ/Binge Audio).

Inscription obligatoire et gratuite pour recevoir le lien de la visioconférence

Programme complet des deux débats  

Interview de François Dedieu, co-auteur de l’ouvrage Covid19 : un crise organisationnelle.

[Interview] François Dedieu co-auteur de « COVID-19 : une crise organisationnelle »

A l’occasion de la sortie de « COVID-19, une crise organisationnelle », l’IFRIS a le plaisir d’interviewer François Dedieu, co-auteur de l’ouvrage et membre de l’IFRIS.

Interview de François Dedieu  (Chercheur à l’INRAE, membre de l’UMR LISIS et de l’IFRIS) à l’occasion de la publication de l’ouvrage « Coronavirus : une crise organisationnelle, par Henri Bergeron, Olivier Borraz, Patrick Castel et François Dedieu, publié en Octobre 2020 aux Presses de Sciences Po.

Marc Barbier (MB) : François, tu portes un agenda de recherche en sociologie des organisations et de l’action publique :ayant déjà travaillé sur la tempête de 1999 avec ta thèse, puis sur les pesticides depuis plusieurs années. Pourrais-tu nous dire comme cet ouvrage s’inscrit dans ton agenda de recherche au croisement de gestion de crise et processus de création d’ignorance ou d’invisibilité?

François Dedieu (FD) : Mes travaux portent sur l’action publique en matière environnementale. J’ai d’abord travaillé sur la gestion des catastrophes naturelles, puis sur la politique des pesticides en cherchant à comprendre pourquoi on ignore un certain nombre d’alertes et de dangers pourtant bien connus. Le livre : « coronavirus : une crise organisationnelle » co-écrit avec mes collègues du CSO, Olivier Borraz, Henri Bergeron et Patrick Castel s’inscrit plutôt dans la continuité de mes travaux sur les situations extrêmes, puisque l’on retrouve dans la gestion de cette pandémie, un certain nombre de traits récurrents rencontrés dans des situations de crise, comme la sous-estimation d’alertes, les défauts de coordination entre les parties-prenantes, ou encore les capacités des acteurs à improviser pour faire face à cette situation inconnue.

MB : Cet ouvrage tombe en plein contexte de la 2eme vague d’épidémie ; peux-tu nous parler de la production de cet ouvrage et de ce qu’il visait à dire et à proposer ? Ce n’est pas très habituel de voir une telle perspective de recherche exposée en plein situation de crise, qu’est-ce que cet  ouvrage peut apporter de plus parmi de nombreux autres ? 

FD : Pendant le confinement nous échangions beaucoup avec mes collègues et amis du CSO, Henri Bergeron, Olivier Borraz, et Patrick Castel sur la gestion de la crise. Henri et Patrick connaissent très bien l’organisation de la santé, tandis qu’Olivier et moi-même avons travaillé sur les risques et les catastrophes. Nous avons cherché à mettre en commun ces deux perspectives afin de mieux comprendre ce que l’on observait dans cette crise. Nous avons ainsi publié deux articles dans la revue AOC, qui ont conduit assez rapidement à l’écriture de l’ouvrage.

Cette crise, surement plus que tout autre, est un enchevêtrement de facteurs complexes, ce qui la rend particulièrement difficile à appréhender et appelle à beaucoup d’humilité. Les sciences sociales au sens large, peuvent aider à comprendre ce qui se passe actuellement. Notre contribution est celle de la sociologie des organisations et de l’action publique. Elle cherche à saisir les contraintes qui pèsent sur les décideurs afin de mieux comprendre les différents arbitrages, comme celui entre l’économie et la santé par exemple. Cette approche s’intéresse aussi à la coordination entre les acteurs aux niveau national (conseil scientifique et le gouvernement), des territoires (hôpital et la médecine de ville ; Préfets et les agences régionales de santé…). Ce type d’analyse permet ainsi d’interroger la relation entre science et politique : quels sont les savoirs scientifiques mobilisés et ceux qui ont tendance à être relégués à la marge ? Comment sont-ils mobilisés dans le contexte actuel particulièrement sujet à controverse comme on l’a vu avec la Chloroquine. La décision politique repose-t-elle principalement sur la modélisation épidémiologique ? Et laquelle ? Quels sont les indicateurs utilisés face à un virus qui présente autant d’inconnus ? On observe par exemple en ce moment, que contrairement à la première vague, le R0 semble être moins important, contrairement au taux de positivité et surtout du taux d’occupation des lits de réanimation pour justifier les décisions.

L’ouvrage est un exercice inhabituel. Il consiste à livrer une analyse « à chaud » de l’évènement. Nous partons de surprises sur l’observation des faits pour formuler des hypothèses à partir des premiers éléments empiriques dont on dispose et de la littérature sur les crises, les catastrophes et de l’organisation de la santé. Par exemple, une surprise, qui est au cœur du livre, consiste à relever le décalage qui existe entre la précipitation avec laquelle a été prise la décision de confinement et les plans et mesures préparatoires comme le plan Pandémie conçu il y a 15 ans et qui prévoyait toutes les problématiques auxquelles nous faisons face: fermeture des écoles, arrête massif des transports etc. On s’interroge aussi sur la confiance excessive du gouvernement face aux premières alertes entre Janvier et Mars 2020. Les premiers éléments empiriques recueillis conjugués aux acquis de la littérature, nous permettent de faire l’hypothèse que ces premières décisions (et parfois non décisions) s’appuient sur un sentiment indu de préparation qui lui-même provient d’une lente dérive des moyens affectés au risque pandémie après les mauvaises leçons tirées de crises précédentes comme H1N1 de 2009. De même, nous montrons comment les hôpitaux ont pu faire face à la crise, en adaptant leurs organisations et en modifiant les modes de collaboration plus inhabituels (basculement du pouvoir des directeurs vers les médecins). Cette analyse « à chaud » permet, nous l’espérons, de contribuer à éclairer ce qui se passe. Mais elle a une contrepartie que nous assumons. Même si nous cherchons continuellement à collecter des données, nous ne possédons pas le recul nécessaire pour collecter l’ensemble des données dont nous aurions besoin pour tester toutes nos hypothèses.

MB : L’ouvrage développe une analyse d’une forme de faillite  organisationnelle. Y a-t-il des situations « de gestion crise »  qui appellent une forme d’organisation particulière qui serait à ce point difficile, voire impossible à mettre en place à partir de ce qu’est, en France, l’Etat et ses administrations? Comment votre ouvrage s’inscrit dans la réflexion sur ce qu’on appelle  « l’après crise » alors que l’on en est pas encore sortie véritablement ? 

L’ouvrage s’interroge moins sur les failles organisationnelles que sur la nature du dispositif organisationnel mis en place pour gérer la crise. On constate par exemple, l’oubli de certaines agences et spécialistes de crise comme la Cellule Interministérielle de Gestion de Crise (CIC), mobilisée assez tardivement, et qui aurait pourtant contribué à avoir une vision plus large des problématiques soulevées par la crise (transport, sécurité, inégalités..) que celles strictement médicales. Nous faisons l’hypothèse qu’il existe une forme de défiance de l’exécutif vis-à-vis des organismes traditionnels de gestion de crise qui ont failli lors de la gestion du Cyclone Irma en 2017. Ces organismes sont mobilisés tardivement, sous la pression des critiques, et sans vraiment préciser leur rôle. On observe alors un phénomène classique des situations de crise : des chevauchements de compétences, des conflits de territoires entre les gestionnaires de crise. On constate aussi qu’il existe très peu de réflexions de l’administration centrale sur la mise en œuvre concrète des mesures comme l’attestent les cafouillages autour des stratégies de dépistages qui mettent à mal la stratégie identifier-tracer-isoler.

Que faut-il faire ? Sur la gestion de l’urgence, il faut être modeste. Beaucoup de travaux s’accordent à dire qu’il n’existe pas de « bonne organisation de la crise » mais qu’il faut sans cesse concilier anticipation et adaptation, ce qui implique d’accepter une part de ratés et d’erreurs. Ce qui apparaît en revanche très important, c’est d’apprendre rapidement des actions entreprises, et de tirer les leçons de ce qui n’a pas marché, surtout dans cette crise qui s’étire dans le temps. La question est : dans quelle organisation et à quel niveau territorial faut-il instaurer ces dispositifs qui génèrent ces vecteurs d’apprentissage : le  CIC ? la Préfecture ? Les sociologues n’ont pas la science infuse, il faudrait travailler sur ces aspects main dans la main avec les gestionnaires de crise sur ce point.

En revanche, et pour l’après crise, nous avons la conviction qu’il faut revoir en profondeur la manière dont on se prépare et dont on apprend des crises en France. Les retours d’expérience officiels ont en effet trop souvent tendance à « singulariser » les crises, en insistant sur leur caractère exceptionnel et singulier. Les crises possèdent bien leur propre singularité c’est évident, mais elles possèdent aussi des récurrences fortes comme la désectorisation ou l’innovation des réponses, des aspects qui sont obstinément ignorés et qui apparaissent pourtant cruciaux pour faire face à des situations inconnues. Nous proposons donc de faire de l’histoire et de l’analyse cumulée des cas de gestion de crise des outils de gestion, qui peuvent être par exemple mis au service de la formation ou des exercices de crise.

MB : Vous parlez de crise organisationnelle mais n’est ce pas trop réduire la composante biologique de cette crise ? Par ailleurs, Nous avons à faire à une pandémie, gérée en quelques sortes de façon  particulière par des états-nations qui ont des systèmes de santé et des pratiques de gouvernement différenciées, avez vous déjà un recul comparatif à partir de votre approche du cas français ? 

FD : Pour avoir travaillé sur les catastrophes naturelles, je connais trop bien l’écueil constructiviste de la sociologie des catastrophes qui donnerait le sentiment que les réponses suffiraient à elles seules à expliquer la dynamique des catastrophes. « Tout » n’est pas un construit social dans cette crise, puisque ce virus présente encore de très fortes inconnues liées à ses modes d’action et ses modes de circulation. Reconnaître toute l’importance des incertitudes biologiques et virales dans les choix qui sont faits, ne doit pas faire oublier pour autant, que les réponses apportées agissent aussi sur la maîtrise de la pandémie.

Il serait d’ailleurs intéressant de procéder à une comparaison internationale pour mieux comprendre la capacité des réponses nationales à contenir la circulation du virus. Par exemple, il y a encore peu de temps, on louait l’efficacité de l’Allemagne, son organisation décentralisée en Lander, ses capacités d’accueil hospitalières et de tests supérieures, et même plus, une Chancelière qui possède une formation scientifique initiale. Or, on voit que l’Allemagne s’aligne aujourd’hui sur les autres pays européens et se voit contrainte d’appliquer un confinement partiel puisqu’elle commence à avoir du mal à contenir le virus. Des scientifiques Allemands déclarent que la principale différence entre la France et l’Allemagne réside surtout dans la formation initiale plus rapide de cluster (surtout celui de Mulhouse) qui, une fois qu’ils ont atteint certaine taille critique, ne permettent plus d’appliquer les stratégies de tests et de dépistage. Il en va de même pour la Suisse et en Belgique qui ont vu l’épidémie flamber soudainement.

La comparaison internationale peut donc mieux faire apparaître comment malgré la (plus ou moins) grande diversité des mesures prises, les Etats sont quand même débordés par le nombre de cas, ce qui pourrait permettre de mieux cerner le poids des incertitudes sur la circulation de ce virus. La comparaison internationale, peut aussi sur un autre plan permettre de mieux comprendre la nature même des réponses apportées dans cette crise. Ainsi, et par exemple, on observe certaines similitudes en la France et les USA dans la préparation. Le risque d’une pandémie mondiale est sur l’agenda des autorités américaines depuis une dizaine d’années et le pays possède une agence dédiée à ce risque possédant des moyens importants : le Center For Disease Control. Et comme la France, les USA ont aussi été surpris ils ont aussi été débordés. Observe-t-on le même sentiment indu de préparation construit sur un long terme ? La recherche a donc encore beaucoup à faire sur ce sujet.

Interview de François Dedieu, co-auteur de l’ouvrage « Covid 19, une crise organisationnelle » en format pdf

SciencesPo – Ouvrage « Covid-19, une crise organisationnelle »

Débats en visioconférence autour du livre « Covid-19, une crise organisationnelle » le 26 novembre 2020 organisés par SciencesPo et CSO.

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