Présentation du projet d’Infrastructure européenne RISIS, coordonné par Philippe Larédo

La Commission Européenne a récemment retenu le projet RISIS, Research infrastructure for research and innovation policy studies, porté par un collectif de chercheurs issus de 13 institutions partenaires à travers 10 pays européens et piloté par l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Plusieurs membres de l’IFRIS, LATTS et INRA-SenS, constituent l’équipe française. Son coordonnateur, Philippe Larédo, nous en dit un peu plus.

Vous avez obtenu récemment un financement de la commission européenne dans le cadre du 7ème programme cadre pour mener des travaux dans le domaine des politiques de recherche et d’innovation. Pouvez-vous nous expliquer en quoi va consister votre projet ?

D’abord, ce projet n’est pas un projet de recherche au sens traditionnel du terme. C’est un projet d’infrastructures, c’est-à-dire un projet dont l’ambition est de mettre en commun un ensemble de bases de données originales qui ont été construites dans les années 2000, à partir de nouvelles questions qui se posaient sur les politiques de recherche et d’innovation.
Ces bases de données ont deux caractéristiques : la première, c’est qu’elles sont conçues à partir de données publiques, et non pas à partir de données statistiques, ce qui permet, au moment de leur conception, de conserver l’identité des acteurs et de suivre leurs stratégies au fil du temps.
Le deuxième aspect de ces bases de données, c’est qu’elles permettent de répondre à des questions actuelles. Prenons quelques exemples : mieux comprendre les dynamiques d’innovation des entreprises moyennes en forte croissance. Cet espace est absolument inconnu de la recherche actuelle, qui ne connaît que les start-up d’un côté, ou les grandes firmes de l’autre. Autre exemple d’un tout autre ressort : mieux comprendre ce que sont les phénomènes d’intégration européenne, en dehors des seuls programmes de financement européens. Cet espace est en très forte croissance et l’on sait aujourd’hui que les agences de financement nationales se sont mises elles-mêmes à construire des programmes partagés.

Quels sont plus précisément les enjeux du projet RISIS ?

Ce projet a l’ambition d’une part de rassembler, de consolider, d’harmoniser et de rendre accessible aux chercheurs, 14 bases de données au total, toutes différentes et couvrant 5 thèmes de recherche : les dynamiques de l’innovation (globalisation de la R&D industrielle, start-up mais aussi firmes moyennes à forte croissance), la transformation des universités, les processus d’européanisation (des chercheurs, des acteurs, comme des financements de la recherche), les dynamiques des sciences et technologies émergentes et l’évaluation des politiques de recherche. D’autre part, le projet va permettre aux chercheurs d’accéder aux nouveaux outils de traitement quantitatif, notamment aux outils sémantiques, à l’aide de deux plateformes, dont la plateforme CorTexT de l’IFRIS (http://www.cortext.net/).

Pourquoi avoir choisi de proposer un projet sur ces thématiques de recherche ?

C’est plus compliqué que cela. Au plan européen, dans ce type de projets d’infrastructures qui visent l’intégration de ‘facilités’ dispersées, il y a deux niveaux successifs de décision. Au premier niveau, il y a la Commission Européenne, avec ses comités qui choisissent les domaines dans lesquels il serait intéressant d’intégrer les infrastructures nationales ou distribuées existantes. En 2011, l’Europe a fait le choix d’inscrire notre domaine de recherche sur son programme thématique, ce qui a été une surprise pour beaucoup d’entre nous. Nous avions déjà construit une association européenne des concepteurs d’indicateurs (ENID), parce que nous étions convaincus qu’il y avait un renouveau et qu’il fallait structurer cet ensemble. Une fois inscrit dans le programme cadre, nous nous sommes dit que c’était une occasion unique de pouvoir matérialiser notre ambition : pour le faire, et c’est le deuxième niveau de décision, il nous fallait rassembler la communauté compétente en Europe pour bâtir un projet robuste, c’est je crois, ce que nous avons fait, avec RISIS.

Est-ce que cette réflexion sur les indicateurs est au centre de vos travaux actuels ?

La réponse est toujours la même ! A partir du moment où l’on se lance dans un grand projet (ce fut le cas lorsque j’ai fait le réseau d’excellence PRIME sur les politiques de recherche et d’innovation), que l’on coordonne beaucoup d’acteurs, que l’on a beaucoup de moyens et un programme qui comporte, grosso modo, une centaine d’actions différentes, par définition, ça devient le cœur de l’activité professionnelle. RISIS sera mon dernier grand projet professionnel !

Quel est le calendrier du projet ?

Le projet est supposé durer quatre ans, en commençant au 1er janvier 2014, mais dans ces projets d’infrastructure, c’est une durée théorique. Si nous sommes convaincants, si nous démontrons notre utilité, on aura probablement quatre années supplémentaires, mais en ce qui me concerne, je passerai la main. Si nous ne la démontrons pas suffisamment, le projet durera probablement cinq ans.

Avez-vous des recommandations ou des remarques à donner aux chercheurs souhaitant répondre aux prochains appel à projets européens ?

On ne répond que sur les choses que l’on a envie de faire, et non pas sur les opportunités qui se présentent.

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Le projet RISIS rassemble les structures de recherche, universités et institutions scientifiques suivantes :

Pilotage : Université Paris-Est Marne-la-Vallée (France)

Autres bénéficiaires : l’AIT (Austrian Institute of Technology), le CNR italien et le CSIC espagnol, NIFU en Norvège, IFQ en Allemagne, l’institut Nieman du Technion (Israel) et les université d’Amsterdam (Université libre), de Leiden, de Manchester, de Milan (Politecnico), de la Suisse Italienne (USI) et du Sussex (SPRU).

Philippe Larédo en bref

Philippe Lare?doDirecteur de recherches à l’ENPC, au Laboratoire Territoires, techniques et sociétés (LATTS) et professeur à l’Université de Manchester (Manchester Business School, Institute of innovation research), Philippe Larédo est diplômé de HEC, docteur en économie de l’EHESS et directeur de recherche en gestion.
Ses recherches portent principalement sur les innovations de rupture, la dynamique des collectifs de recherche, les nouvelles relations entre organisation et localisation des activités de recherche et les politiques publiques (régionales, nationales et européennes) de recherche et d’innovation.
Philippe Larédo a coordonné le réseau d’excellence européen PRIME (Policies for Research and Innovation in the Move towards the ERA) de 2004 à 2009.

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